" (...) J’ai débarqué à Chiraz avec une valise bourrée de cadeaux. Il m’a fallu une éternité pour les choisir. Chaussures et sacs en cuir pour les femmes, ceintures et chemises pour les hommes. J’ai acheté aussi une dizaine de CD pour les plus jeunes. Je craignais qu’on me les confisque en arrivant à l’aéroport de Téhéran.
— Cache-les sous tes slips et tes autres sous-vêtements. Tu verras, les douaniers vont refermer tes valises sur-le-champ, choqués par ce spectacle indécent, m’avait conseillé une amie à Rome.
J’ai affiché un sourire innocent, on ne m’a rien pris. À Fiumicino, l’aéroport de Rome, j’ai été obligée de me voiler avant d’embarquer sur Iran Air. Dans les toilettes, il y avait une autre Iranienne, plus âgée que moi. Elle s’est démaquillée, s’est couvert la tête avec un foulard et a mis un imper beige. Cela faisait bizarre, en plein été. Moi j’ai mis un fichu étriqué et un « roupouch » que papa et maman m’avaient rapporté quand ils étaient venus me voir en Italie. Les autres femmes nous regardaient avec curiosité, souriantes, solidaires ou compatissantes. (...) "
*
" (...) Roya cherche les mots pour le dire. Moi je parle avec un ton de supériorité, je joue à la femme expérimentée. Je m’amuse à la provoquer, mais les mots « gay » et « lesbienne » la font sursauter. Elle ne nomme pas son homosexualité. Moi, il m’a fallu des années pour nommer la mienne, en Italie. Et longtemps j’ai cru que les lesbiennes n’avaient pas leurs règles !
— Nos parents disent que nous sommes de grandes filles, qu’il est temps que nous trouvions un mari. Nous sommes obligées de nous cacher de notre famille, de la société, de tout le monde. Ça fait bientôt trois ans que ça dure et j’en ai marre de faire semblant, Shahrzad, mais j’ai peur. (...) "
*
" (...) — Tu ne m’écrivais jamais, tu ne me disais rien…
— Mes parents étaient terrorisés à l’idée que je perde ma virginité avant le mariage. Ils ne pouvaient pas imaginer que d’une certaine manière je l’avais déjà perdue. Avec toi…
— Mais qu’est-ce que tu racontes, Parvin ? Ta mère nous a surprises, une nuit, tu ne te souviens pas ? Je dormais chez toi, dans ta chambre. Guity khanoum, tout à a coup, a ouvert la porte et moi j’ai sauté dans mon lit, à moitié nue. Tu crois qu’elle n’a pas compris ?
— Elle a sûrement cru que c’était un jeu. Tu sais bien qu’elle n’est pas aussi maligne que ta maman… Moi je ne lui ai jamais dit la vérité.
— Et tu crois que moi, je dis la vérité à mes parents ? Où est-ce qu’on t’a appris qu’il faut toujours dire la vérité, en Amérique ? La vérité made in USA, parlons-en ! (...) "