" (...) Leyla s’interrompit, soudain, comme si elle en avait trop dit, et se cogna la main sur un casier en voulant se tourner. Tala entendit son soupir de douleur et s’avança vers elle, pour lui prendre la main, ce qui eut l’air d’énerver Leyla un peu plus.
— C’est rien, je suis juste maladroite.
Tala retint les doigts meurtris dans les siens et attendit que Leyla croise enfin ses yeux.
— Vous savez, vous devriez vraiment vous détendre davantage. Apprendre à vous sentir mieux dans votre corps.
Leyla essaya de soutenir son regard, de relâcher ses épaules et de se montrer plus à l’aise, mais elle n’en parut que plus maladroite et plus attachante. Tala libéra la main de Leyla et ramassa ses affaires.
— Qu’est-ce que tu fais demain ? demanda-t-elle.
— Je suis censée déjeuner avec ma famille. C’est dimanche.
Tala approuva d’un signe de tête et se dirigea vers les douches, d’où provenait l’écho sourd des gouttes d’eau s’écrasant au sol à intervalles réguliers.
— Pourquoi ? demanda Leyla, d’une voix hésitante, derrière elle.
Tala se retourna.
— Pour rien. J’allais juste te demander si tu voulais déjeuner avec moi. Avec peut-être une promenade dans le parc… J’aimerais faire un peu mieux connaissance; (...) "
*
" (...) — Comment tu as fait pour te fiancer quatre fois ? demanda-t-elle, sans réfléchir.
Elle rit quand Tala leva les yeux au ciel.
— Je veux dire, tu sembles tellement déterminée.
— Disons que je n’en suis pas fière, dit Tala. Le premier — voyons, j’étais très jeune, et je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds. Le deuxième m’a proposé un million de rencarts. C’est super, j’adore les rencarts, mais je ne l’aimais pas. Le troisième avait bon partout, famille aisée, Arabe chrétien, intelligent, beau. Mais il n’y a pas eu d’étincelle.
Elle chercha l’empathie auprès de Leyla et la trouva dans son regard.
— Et toi et Ali ? demanda Tala. Comment ça se passe ?
Elles s’étaient arrêtées sous les branches protectrices et tombantes d’un chêne. Au loin, la rivière coulait dans un doux soupir. Tala vit Leyla hésiter. Ses yeux étaient clairs, sa peau presque translucide dans la lumière pâle.
— Il est gentil. Je l’aime beaucoup.
Tala hocha la tête.
— Mais est-ce qu’il y a une étincelle ?
— Non, pas comme je l’espérais. (...) "
*
" (...) — On ne peut pas vivre comme ça, Leyla, dit-elle. Ce n’est pas facile. Ce n’est pas acceptable.
— Nous n’avons enfreint aucune loi la nuit dernière, Tala.
— Si, de là où je viens. Personne ne vit comme ça. Pas ouvertement.
Leyla soupira.
— Tu habites en Occident, maintenant.
Tala baissa les yeux, la voix rauque.
— Oui, mais je ne crois pas qu’il soit acceptable de tromper son fiancé, dans aucun endroit du monde.
Le silence qui s’installa dans la pièce était profond, sans rien pour le briser qu’une voiture qui passait de temps à autre. Tala vit Leyla acquiescer de la tête et fermer les yeux. Elle s’approcha d’elle prudemment, la prit dans ses bras et couvrit son visage de baisers.
— Qu’est-ce qui va se passer, maintenant ? murmura Leyla.
— Je ne sais pas, dit Tala, embrassant une larme qui s’était échappée des paupières fermées de Leyla. Je ne sais vraiment pas. (...) "