" (...) — Avez-vous déjà travaillé avec Reyne Kendall auparavant ? demandai-je pour changer de sujet.
Son visage s’anima.
— Bien sûr. Je pense que vous pourriez même bien vous entendre, rétorqua-t-elle.
— Ah bon ?
— Reyne peut être intimidante. Je ne crois pas qu’elle ait conscience de l’impression qu’elle donne.
J’étais certaine que si, mais j’acquiesçais d’un hochement de tête.
Christie enchaîna plusieurs prises de vue rapides.
— Et le fait que vous soyez professeure la déstabilise un peu, je pense.
— Pourquoi ? dis-je sincèrement étonnée.
— C’est une femme qui s’est faite toute seule, elle a commencé en bas de l’échelle et elle en a bavé. Reyne a un super parcours, elle a tout appris sur le terrain et elle est méfiante en ce qui concerne les diplômes.
— Méfiante ? Elle avait l’air carrément paranoïaque.
Christie eut un rictus d’indulgence.
— Je suis certaine que Reyne admire ce que vous avez accompli. Il est simplement hors de question qu’elle le reconnaisse. (...) "
*
" (...) — Tout est là : mes diplômes, publications…
Elle sourit.
— Et vous faites figurer « La Muse de l’érotisme » parmi les publications universitaires ? Ne me laissant pas le temps de répondre, elle bifurqua brusquement. Dites-moi des choses générales à votre sujet.
— Je ne suis pas sûre de saisir.
— Ce que vous aimez, détestez, les choses favorites. Comment vous occupez votre temps. Ce en quoi vous croyez, passionnément.
Cela prenait la tournure du genre d’entretien que je redoutais.
— Je ne vois pas vraiment…
— Allez, Victoria. Faites-moi plaisir. Dites simplement ce qui vous passe par la tête.
— Je ne suis pas Virginia Woolf, dis-je légèrement.
Sa réponse fut sérieuse.
— Non, vous ne l’êtes pas, mais ce que vous êtes, je ne le comprends pas encore.
L’irritation commença à me démanger.
— Écoutez, Reyne, je suis heureuse de parler de mon travail, de ma carrière, de ce livre. Je ne pense pas que quoi que ce soit d’autre soit pertinent.
Elle me sourit à nouveau, cela me réchauffa malgré moi.
— Si je vous dis « s’il vous plaît » de façon très persuasive. (...) "
*
" (...) Je me levai et reposai mon café avec prudence.
— Je dois y aller.
Reyne s’était levée elle aussi et me regardait en silence. J’étais horrifiée de me sentir au bord des larmes. Je voulais m’en aller, être seule.
— Je suis désolée, dit-elle doucement.
Elle s’approcha et me prit dans ses bras.
— Je n’avais pas l’intention de te vexer.
Je restai au creux de sa douce étreinte, m’abandonnant pour un moment à la confusion de mes émotions contradictoires. Je voulais m’écarter d’elle et rester en même temps. Je voulais la prendre dans mes bras tout en sachant que je devais la repousser. (...) "